Interview : Jean-Claude Zanon – Leaseplan

La location vue par J-C Zanon de Leaseplan

 

Après avoir occupé successivement les postes de Directeur Régional des Ventes et Directeur des Partenariats, Jean-Claude ZANON est actuellement Directeur des Achats hors production chez LeasePlan *, le leader mondial de la location longue durée.

Fort d’une expérience de plus de 20 ans dans l’univers de la location Automobile, Jean-Claude nous livre son analyse sur la mutation actuelle du marché de la location et plus globalement sur ce qui ressemble de plus en plus à une révolution culturelle, celle des nouvelles mobilités.

* LeasePlan est une société internationale d’origine néerlandaise, spécialisée dans la gestion de flottes automobiles, et la mobilité du conducteur. LeasePlan, créée en 1963, est devenue le leader mondial de la gestion de flottes automobiles avec plus de 1,55 millions de véhicules à la route dans 32 pays dans lesquels s’activent plus de 7 000 collaborateurs.

[Opteven Lab’] : On constate une forte évolution des contrats de Location (LOA & LLD) chez les particuliers ces dernières années, plus précisément en France. Comment expliquez-vous cette progression ?

[JC ZANON] : On assiste clairement, de la part des nouvelles générations en particulier, à un renoncement à la propriété automobile en faveur d’une acceptation de son usage uniquement. Le fait le plus marquant c’est l’apparition, dans toutes les publicités des constructeurs, d’une notion de mensualité versus un prix catalogue. Une auto, c’est désormais un loyer. « Louée soit l’automobile » serait-on tenté de dire…

Cette tendance est donc très clairement portée par les nouvelles générations, moins soucieuses de posséder leur voiture car cela représente un coût. Cette génération souhaite payer pour ce qu’elle consomme et cela correspond parfaitement aux solutions de leasing.

[OL’] : Finalement, qui a le plus à y gagner ? Le client ou les professionnels de l’automobile ?

[JCZ] : Effectivement, la location est un excellent moyen pour réduire les durées de détention des véhicules, d’augmenter les fréquences de changement et donc de générer plus de ventes. Constructeurs et distributeurs l’ont bien compris. A cela s’ajoute la possibilité de communiquer sur un loyer, plus attractif qu’un prix de vente, et d’y inclure un bouquet de services. En déplaçant l’argumentaire sur l’avantage client, on contourne la notion de remise et on préserve les marges des distributeurs.

Mais il ne s’agit pas que d’un habillage marketing. Les clients savent que la location n’est pas moins chère qu’un achat classique mais cela leur permet de mieux maitriser leurs coûts mensuels. La « mensualisation » est une véritable tendance de fond dans tous les domaines. C’est donc la conjonction d’intérêts entre la stratégie des professionnels et la demande des clients qui explique l’évolution rapide des offres en location.

 

[OL’] : La France reste néanmoins un « petit » marché face aux Etats-Unis, à la Chine ou aux pays émergents. Devons-nous nous inspirer de ce qu’il se passe là-bas ?

[JCZ] : Non, il n’y a pas à ma connaissance de services innovants qui existeraient dans ces pays et dont nous n’aurions pas la connaissance et/ou déjà fait plus ou moins l’essai chez nous. Du marché US nous sont arrivés le concept de location financière, l’approche digitale, des acteurs inattendus comme les gestionnaires institutionnels de datas, et des acteurs originaux avec des solutions abouties comme UBER. On voit poindre une « ubérisation » de la maintenance des véhicules (entretien, réparation…). C’est certainement sur ce terrain que des services innovants et pas encore vus, vont arriver chez nous à court terme.

 

« Actuellement ce qui anime le marché américain c’est « l’Uberisation » de l’économie »

 

[OL’] : Pensez-vous que La France (et plus globalement l’Europe), a toujours un train de retard face aux Etats Unis ?

[JCZ] : Les Etats-Unis ont effectivement toujours été en avance, tant sur leur niveau d’équipement que sur les services qu’ils proposent. Et c’est toujours le cas !

Les pays émergents rattrapent leur retard, mais essentiellement sur leur niveau d’équipement. Quelques pays proposent des solutions alternatives mais globalement tous les regards sont portés sur les USA.

Actuellement ce qui anime le marché américain c’est « l’Uberisation » de l’économie, au-delà du transport de personnes. Uber a inspiré un nouveau modèle de consommation et bouleverse le schéma commercial classique. La notion de service est poussée à son paroxysme et nous devons indéniablement nous préparer à cette transformation.

 

[OL’] : L’industrie automobile est en pleine mutation : l’éco-responsabilité, le Digital, l’économie du partage, l’apparition de nouveaux acteurs comme BlaBlaCar, Uber, OuiCar… Comment se positionne le leader mondial de la location longue durée face à ces changements ?

[JCZ] : Nous sommes experts dans la gestion des moyens de transport et plus particulièrement de l’automobile ; nous devons devenir des experts dans la gestion du transport des moyens. Les moyens étant ici les femmes et les hommes qui travaillent dans nos entreprises clientes, et aussi celles et ceux qui, à titre particulier, ont besoin de se déplacer avec une automobile ou pas.

 

« Nous sommes experts dans la gestion des moyens de transport… nous devons devenir des experts dans la gestion du transport des moyens …»

[OL’] : Pourrait-on imaginer un jour une offre de service LeasePlan sans automobile ?

[JCZ] : Oui, c’est une évidence. La voiture n’est plus qu’un moyen parmi d’autres pour se déplacer. Notre métier est de proposer des solutions de mobilité pour les professionnels. Nous devons désormais réfléchir à une gestion globale des Hommes entre leur vie professionnelle en journée et personnelle le soir, le week-end ou en vacances. C’est vers une solution globale que nous devons tendre.

[OL’] : Les constructeurs signent des partenariats avec ces nouveaux acteurs de la mobilité : GM et VW avec des concurrents d’Uber, Toyota France avec de l’autopartage, etc… Est-ce que ce genre de partenariat pourrait avoir un sens pour LeasePlan ?

[JCZ] : Nous avons signé, nous aussi, des accords avec des constructeurs ou des acteurs reconnus de la mobilité. Avec les premiers pour les aider à mettre en place une solution de mobilité particulière ; pour les seconds pour les aider dans leur sourcing de véhicules si l’automobilité est une solution qu’ils mettent en avant. Les accords de confidentialité ne permettent pas d’être plus disant sur le sujet et c’est déjà une réalité chez nous. L’automobile tend à s’insérer de plus en plus dans une offre globale et multimodale de mobilité. Nous l’avons bien compris et intégré chez LeasePlan. Nous travaillons à l’intégration de nouveaux services à nos offres traditionnelles comme l’autopartage, le covoiturage ou encore l’automobilité en Véhicules de Tourisme avec Chauffeur (VTC).

[NDLR : LeasePlan entame une phase de diversification de son offre produit en multipliant les moyens de transport. L’entreprise se focalise sur la mobilité des collaborateurs et moins sur la gestion des véhicules. ]

 [OL’] : Nous sommes en 2030 : à votre avis est-ce qu’on continue à acheter sa voiture, payer son essence et appeler l’assistance en cas de problème ?

[JCZ] : Je veux bien pronostiquer que l’achat sera exceptionnel versus l’usage, sous toutes ses formes. Je suis prêt à parier que l’électrique et l’hybride auront taillé des croupières à l’énergie fossile pure. Pour ce qui est de l’assistance elle sera toujours nécessaire y compris si le véhicule n’a pas de chauffeur et qu’il est autonome. C’est lui qui appellera du reste car il aura à cœur de se soucier des passagers qu’il transporte. L’avenir passe par les services prédictifs, les nouveaux outils permettent d’anticiper les besoins des conducteurs.

 

« Finalement, la Garantie Mobilité, c’est un rapprochement naturel de vos métiers »

 

[OL’] : Vous connaissez Opteven depuis plusieurs années. Quels sont les impacts majeurs de cette révolution de la mobilité sur les services que nous proposons ? Notamment en assistance ? A votre avis, quels sont les challenges à venir ?

[JCZ] : Opteven a un rôle certain à jouer comme plein acteur de la mobilité. Car il est, il doit être, celui qui, en toutes circonstances doit permettre au déplacement, au voyage, à la mission professionnelle de continuer de se faire. C’est dans les solutions qu’Opteven est capable d’apporter que des changements sont à prévoir .Une automobile conduite par une seule personne ou une automobile conduisant elle-même une personne ne sera pas systématiquement remplacée à l’identique. Un panel complet de possibilités classiques ou originales pourra s’offrir et devra être maîtrisé et géré pour poursuivre le voyage ou le déplacement stoppé par un accident ou un incident…

Je pense aussi qu’Opteven peut apporter une expertise dans la gestion de ce qui est prévu au contrat comme on dit. Tout déplacement se fait avec des règles, un tarif, un processus et des modalités bien définies. Opteven peut être l’opérateur qui pourra être le gardien du temple dans ce domaine, l’opérateur qui va garantir que le transporté va arriver à bon port dans les conditions prévues au contrat.

[OL’] : Opteven : le logisticien de la mobilité ?

[JCZ] : Exactement ! Je dirai même plus, le garantisseur de mobilité. Finalement, la Garantie Mobilité, c’est un rapprochement naturel de vos métiers.