Interview : François Ligier – Ligier Group

L’œil de l’expert : Ligier au cœur de la révolution autonome en ville

 

François Ligier, PDG de Ligier Group, acteur majeur du transport de personnes et de marchandises nous a reçu pour  évoquer la mobilité autonome et ses projets.

François  Ligier nous rappelle l’historique et le contexte du projet du véhicule autonome chez Ligier.

Un premier projet sur la mobilité autonome au service du grand public a démarré en 2007 avec un nouveau concept de mobilité autonome : le VIPA (Véhicule Individuel Public Autonome). Ce projet a été mené en collaboration avec l’Institut Pascal de Clermont Ferrand. L’enjeu (de taille) : démontrer que la technologie a du sens.

La première phase d’expérimentation a permis de confirmer qu’à lui seul, le véhicule autonome n’est pas suffisant.  Il faut appréhender cette nouvelle technologie avec une supervision et une gestion de ces véhicules en mode « flotte ». Car en flotte, les véhicules pourraient communiquer entre eux.

En parallèle, d’autres travaux ont été engagés sur ce sujet, notamment par la société Robosoft, pionnière des solutions robotisées (transport, assistance aux personnes, services…) qui développe des logiciels et modules dédiés pour les véhicules sans chauffeur.

En 2014, Ligier et Robosoft décident d’aller plus loin ensemble en créant EasyMile, société installée à Toulouse, qui permet aux deux entités d’allier leurs savoir-faire pour développer et commercialiser une vraie solution de mobilité : c’est la naissance de l’EZ10 « Easy Ten », le véhicule totalement autonome.

Ce véhicule est capable de transporter jusqu’à 10 personnes (6 places assises et 4 places debout ou un fauteuil roulant). Il se déplace sans chauffeur tout en garantissant un haut niveau de sécurité grâce à un système hybride de localisation et d’une chaîne décisionnelle de sécurité assurant la fonction anti-collision.

« L’enjeu : démontrer que la technologie a du sens .¨

Lorsque l’on parle de solution de mobilité, on parle de la mobilité sur les voies publiques ou sur les voies privées. La législation actuelle ne permet pas actuellement de travailler sur les voies publiques. En revanche sur les voies privées, les opportunités sont nombreuses, tant le besoin de mobilité est grand sur des courtes ou moyennes distances : cela peut concerner des centres hospitaliers, des universités, des parcs d’attraction ou encore des sites industriels.

L’enjeu de ce système est de pouvoir faire circuler ce véhicule sans aucune contrainte et d’installer une infrastructure adaptée. Ainsi, l’EZ10 n’a pas besoin d’un équipement routier particulier. Le principe est le suivant : le véhicule embarque toute la technologie nécessaire à l’apprentissage des trajets qu’il aura à réaliser. C’est un opérateur qui pilote le véhicule avec un joystick, ce qui permet au véhicule de cartographier son environnement. Il peut ensuite se localiser précisément et se déplacer sans chauffeur le long de sa trajectoire préenregistrée.

La sécurité est assurée par un pare-chocs virtuel. Celui-ci protège le véhicule et adapte son comportement à la situation qui se présente. Par exemple si le véhicule a été programmé pour un trajet et que les capteurs identifient un obstacle, l’EZ10 adaptera alors sa vitesse pour palier le problème rencontré. L’EZ10 est donc bien un véhicule de niveau 5, le niveau maximum, en termes d’autonomie.

¨L’EZ10 est donc bien un véhicule de niveau 5, le niveau maximum, en termes d’autonomie.¨

Les résultats de ce projet très stimulant et structurant pour l’entreprise Ligier sont aujourd’hui très concrets : 30 véhicules sont déjà en service et 70 véhicules supplémentaires seront produits en 2017, qui sont tous déjà affectés. Les pays ayant adopté cette technologie sont déjà nombreux ; en effet le Japon, Dubaï, l’Australie, Singapour et bien d’autres ont compris les enjeux de cette nouvelle offre de mobilité. L’autre enjeu de cette solution dédiée au transport de personnes est qu’elle est évolutive et adaptable aux besoins de chaque site : il est possible de programmer et de faire varier dans une même journée le nombre de véhicules et leurs trajets pour répondre aux pics de circulation.

A terme, il est possible d’imaginer que ce nouveau système de mobilité réponde à 100% des besoins de transport en multimodalités, et ce avec le même ticket de transport : on répond alors bien à la problématique des usagers de pouvoir se déplacer sur les premiers et les derniers kilomètres de leur trajet, avant et après l’usage des transports en commun.

Pour finir il est important de souligner que cette solution est 100% française.

[Opteven Lab’] : Est-ce que le transport collectif et de marchandises seront des leviers importants du développement  des véhicules autonomes ?

[François Ligier] L’EZ10 commercialisé par EasyMile est dédié au transport des personnes uniquement.

[OL’] : Quelles sont les points communs entre vos véhicules particuliers et le EZ10 ?

Les points communs sont les suivants :

  • La plateforme de fabrication est commune aux deux types de véhicules, l’EZ10 étant fabriqué sur notre site de production de véhicules sans permis.
  • Certains composants sont également partagés.
  • Les compétences acquises pour concevoir, fabriquer, distribuer et faire évoluer l’EZ10 serviront à terme pour les véhicules traditionnels.
  • Les moyens techniques sont également mis en commun.

[OL’] : Y a-t-il de nouveaux métiers liés aux véhicules autonomes pour leur maintenance ou leur gestion ?

[FL]  Oui, des métiers liés aux compétences de supervision des véhicules et la gestion des remontées de pannes. Cela inclut la détection mais aussi le traitement et le suivi de ces pannes.

[OL’] : Quels sont les pays les plus avancés pour développer l’usage des véhicules autonomes ?

[FL] Beaucoup de pays s’intéressent à la nouvelle mobilité et aux véhicules autonomes, particulièrement le Japon, ou les Etats-Unis, en Californie.

[OL’] : Le véhicule autonome peut-il permettre de développer l’offre et l’usage des transports publics ?

[FL] En effet, cela peut répondre à la nécessité d’appréhender les transports en « multi- modalités », en venant compléter l’offre des transports en commun existants.

Interview réalisée par Marine Gouttenoire et Anne-Sophie Lesur.