Chiffres : La voiture autonome

Voiture autonome : rêve, mirage ou réalité ?

 

La 50ième édition du CES (Consumer Electronic Show) de Las Vegas, la grand-messe planétaire de nouvelles technologies vient de fermer ses portes. Cette année marque la présence massive des constructeurs automobiles venus nous présenter LA voiture d’après-demain : Concept-i, Portal, FF91 ou encore NeuV. Elles portent toutes la promesse d’être un véritable véhicule autonome.

La voiture, bien de consommation extraordinaire avec plus d’1 milliard d’unités en circulation dans le monde, suscite des réactions passionnées dès qu’un changement la concerne de près ou de loin. Et la voiture autonome s’annonce comme LA révolution du secteur, l’innovation capable de redistribuer les cartes de l’échiquier économique entre industriels historiques en pleine mutation et nouveaux acteurs technologiques aux moyens faramineux.

Alors, la voiture hyper connectée, capable de nous transporter n’importe où, n’importe quand, sans intervention humaine et idéalement sans émission de CO2…Est-ce bientôt une réalité ? Où en est la technologie ? Quels seront les impacts économiques majeurs et les éventuels effets collatéraux ?

Qu’est-ce que la voiture Autonome ?

De la voiture équipée de systèmes d’aide à la conduite comme l’aide au stationnement ou le régulateur de vitesse, jusqu’à l’autonomie complète (sans aucune intervention humaine), il y a plusieurs étapes techniques et juridiques à respecter. Elles sont  définies par l’Organisation Internationale des Constructeurs Automobiles.

détails autonomie

Actuellement, seul le niveau 2 est autorisé dans la plupart des états. Des accords spécifiques existent néanmoins pour effectuer des tests bien précis. L’Allemagne et la France ont lancé début février une zone de test transfrontalière pour la voiture autonome.

Une technologie loin d’être fiable

En Californie, 11 entreprises ont obtenu un permis auprès du « Department of Motor Vehicles » pour tester des voitures sans conducteurs. Début février, cet organisme public a publié son rapport d’activité sur l’année 2016. On y retrouve huit constructeurs automobiles (BMW, GM Cruise, Ford, Honda, Nissan, Mercedes, Volkswagen et Tesla), deux équipementiers (Bosch et Delphi Automotive) et une seule firme technologique : Google depuis 2009. Le constat est unanime. Même si le nombre de kilomètre parcourus augmente chaque année, l’intervention humaine reste nécessaire dans de nombreuses situations.

Les difficultés interviennent généralement au moment de changer de voie ou lorsqu’il faut anticiper un comportement inattendu. Cela peut venir de l’environnement fixe (chaussée déformée) ou d’interactions ( lorsqu’un véhicule lancé à grand vitesse souhaite doubler). Le risque subsiste aussi en cas de collision avec un obstacle ou pour corriger une manœuvre non souhaitée du véhicule.

Et encore parle-t-on des véhicules « nativement autonomes ». Fin février, un étudiant américain a réussi à modifier sa voiture (une Honda Civic de 2016) en installant un « kit autonome » à 600$. Une start-up a mis en ligne ses plans pour permettre à chacun de faire évoluer la recherche. La technologie n’est pas encore au point mais les progrès sont rapides et probants.

Une voiture autonome avant 2030 ?

En marge de cette multitude de tests, la bataille industrielle a débuté, du moins sur le terrain de la communication. A grands coups d’annonces, les constructeurs automobiles nous proposent des « rendez-vous ». Il s’agit surtout de faire patienter le marché et prouver qu’ils resteront des acteurs incontournables. PSA et Mercedes nous annoncent un véhicule autonome en 2018, Renault en 2020, Ford et Volvo en 2021. Elon Musk, créateur de Tesla a annoncé fin janvier être en mesure de configurer son parc automobile à distance via une mise à jour de l’interface embarquée dans ses véhicules .  Ce qui rendrait son parc potentiellement  totalement autonome d’ici 3 à 6 mois. Juste un effet d’annonce?

Les enjeux : la technologie, la réglementation et surtout l’usage

Pourquoi autant d’effervescence autour d’une technologie qui n’est pas encore au point et dont le cadre juridique n’est pas défini ? L’enjeu pour les constructeurs est double : réussir leur transition industrielle en passant du statut de « fabricant » à celui de « fournisseur de service ». L’industrie automobile va devenir une économie de la mobilité. L’enjeu demain sera de maitriser les logiciels internes aux véhicules. Et ne pas laisser la place aux nouveaux acteurs technologiques tels que Google, Uber, Microsoft ou Nvidia.

Aujourd’hui, la valeur d’un véhicule repose sur sa qualité de fabrication (fiabilité, confort et sécurité). La partie informatique (SoftWare), qui ne représente actuellement que 10% de la valeur globale du véhicule, devrait fortement progresser pour atteindre plus de 30% avec l’augmentation de la connectivité, l’intelligence artificielle embarquée et les besoin d’interactions dans l’environnement. Tous les acteurs l’ont bien compris, l’enjeu à terme sera de garder la maitrise de ces logiciels. Pour les constructeurs, c’est le risque de passer à côté de l’Histoire aux profits de nouveaux acteurs de la mobilité.

Lire, voir, écouter, en savoir davantage sur la voiture autonome :

Podcast : https://www.franceculture.fr/emissions/le-magazine-de-la-redaction/voiture-autonome-la-revolution-du-dernier-kilometre