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Conférence Megacities : l’auto dans la mégalopole du futur

 

L’OptevenLab est allé pour vous à la conférence « Ville & automobile : Divorce ou réconciliation ? »  organisée par le think tank Megacities Institute, le 27 juin dernier à Paris. L’organisation fondée par Bosch, Allianz et GIPA étudie les problématiques des habitants- conducteurs des mégalopoles. Leur première étude sur 10  mégalopoles mondiales (Barcelone, Berlin, Londres, Lyon, Madrid, Milan, Moscou, Paris, Rome et Varsovie) a apporté des informations très intéressantes sur l’automobile, sa place en ville actuellement et dans un futur pas si lointain.

L’automobile en ville : perçue comme un fléau, direct ou indirect

Car la première partie de l’étude du GIPA n’est pas douce avec l’automobile, même si elle ne surprend pas.

Aujourd’hui, les habitants des mégapoles se plaignent des difficultés de stationnement, de la pollution de l’air récurrente, et sont exposés à un niveau de bruit trop important. Par ailleurs, un manque d’espace vert, ainsi que la propreté et les incivilités apparaissent également comme problèmes récurrents chez les sondés. Le niveau de plainte varie pour chaque ville. (Le GIPA rappelle bien d’ailleurs que nous sommes sur du ressenti, pas du réel : on n’a pas comparé la quantité réelle de pollution ou d’espace vert entre les villes). Néanmoins une constante demeure : la voiture est liée à au moins 4 des 7 causes de mal-vivre en ville. Avec un parc auto de plus en plus vieillissant, le côté écologique de la voiture en ville n’est pas gagné.

Les contraintes liées à l’automobile sont donc perçues comme nombreuses. D’autant qu’en moyenne seulement 30% des conducteurs feraient des trajets de plus de 300km en voiture dans l’année. La voiture est donc bien une mobilité de confort

Et si la voiture autonome était une solution ? Les déplacements en ville sont le plus souvent courts, donc plutôt une aubaine pour les véhicules électriques et autonomes, voulus plus silencieux, plus propres. Et peut-être capables de se garer seuls même loin (chaque conducteur perd 100H/ an à cherche une place de parking !).

L’autonomie n’est pas pour demain…

Mais si aujourd’hui on entend parler de la voiture autonome un peu partout, il faut souligner que la mise en place est bien plus longue et compliquée qu’il n’y paraît. Pour rappel, en ce moment seulement le véhicule autonome niveau 2 est autorisé sur la route. Bosch préfère d’ailleurs le nom de véhicule automatisé, c’est-à-dire avec un assistant à la conduite.

Pour atteindre le sommet de l’autonomie ultime (voiture autonome), niveau 5, plusieurs barrières sont à franchir :

  • La voiture autonome doit se perfectionner dans son architecture système. Les capteurs sont à intégrer au poste de conduite (capteur de perception à 360° par exemple), qui doit permettre une conduite manuelle également.
  • Elle doit être à 100% fiable, et la sécurité doit être garantie.
  • Le véhicule autonome doit être autorisé. La législation dans chaque pays est différente et les processus de validation peuvent s’avérer longs car méconnus.

C’est ce dernier qui pourrait prendre le plus de temps, car à l’heure actuelle, aucune procédure adaptée n’existe. De plus les conducteurs exigeront une voiture qui les assistera dans des situations imprévisibles et compliquées. Comme par exemple si un incident intervient en pleine nuit et en cas de pluie.

Sans s’avancer ni s’engager sur des années précises, voici ce que Bosch perçoit dans l’évolution de la voiture autonome :

Megacities - voiture et ville

Soyons prudents avec les effets d’annonces

Un autre défi à relever pour la voiture autonome est celui de l’adhésion du consommateur. Une étude de la conduite a été réalisée par DBHW à Stuttgart grâce à 200 conducteurs allemands âgés de 18 à 77 ans, en ville et sur voie au volant de voitures Tesla Model S et Mercedes Classe E , donc « automatisées ». Tous devaient, avant de prendre le volant puis après avoir conduit, valider ou non des idées sur la voiture autonome. Ces idées portaient autant sur la sécurité que sur la conduite, l’attitude en voiture ou le rôle du conducteur.

Résultat :
  • les perceptions positives avant conduite ont toutes diminué après !
  • et toutes les associations négatives ont augmentées après.

Les peurs sont nombreuses avant (peur du robot, du bug, du manque de sécurité dans le véhicule, de perdre sa capacité à conduire…) et le décalage entre la voiture qu’on a dans les mains vs ce qu’on en a lu décuple ces peurs !

Ainsi :

  • Pour 20% qui associaient voiture autonome et réduction des accidents (assez peu déjà) AVANT de prendre le volant, il n’en reste plus que 9% APRES !
  • 17% qui estimaient AVANT que la technologie n’est pas assez mature deviennent 44% APRES.
  • 23% qui ne se sentaient pas en sécurité AVANT deviennent 34% APRES.

Les notions de sécurité, de relaxation, de temps disponible, de repos du conducteur sont toutes en chute après le test. Et paradoxalement, les conducteurs qui craignaient de perdre le contrôle du véhicule comprennent que ce ne sera pas le cas… mais sont déçus de la réalité !

Un test intéressant, qui montre l’hyper communication sur la voiture autonome. Il met en lumière le besoin de pédagogie que devront assumer les constructeurs, autant sur la conduite que sur la confiance en la machine. Et qui démontre bien aussi que les étapes de l’autonomie ne sont pas comprises par le grand public.

On vient de le voir, mettre sa « vie » entre les mains d’une « machine » est quelque chose d’un peu angoissant pour certains. Une réaction remarquable : tous les participants par contre voient l’avantage d’un trafic plus faible, ou mieux géré… tant qu’on ne parle pas de leur voiture !

Et si la ville était notre terrain de test ?

C’est déjà la problématique que se sont posées les villes, et pas que les mégalopoles : un trafic plus faible, mieux géré, avec ou sans voiture autonome ! Pour l’instant, comme le démontre le dernier intervenant, responsable de l’innovation à la mairie d’ISSY les Moulineaux, la ville préfère se tourner vers les solutions de co-mobilité (covoiturage, autopartage, parc de voiture électrique). Elle teste timidement la voiture autonome sous forme de navette dans des environnements sécurisés et définis.

Nous n’en sommes pas encore au développement de voies pour les voitures ou les bus automatisés. Et c’est là d’ailleurs que réside aussi le divorce ou la réconciliation : quel urbanisme demain dans la ville et comment intègrera-t-elle les voitures, voitures autonomes, bus et autres mobilités ?

La réponse au prochain Megacities peut-être.

Pour en savoir plus :

Regarder ici la video de présentation sur les tests conducteurs.