Interview : Garance Lefevre – Uber

Dans notre article La France face aux défis du MaaS, nous avons pu voir que les grandes entreprises américaines sont de plus en plus présentes dans ce secteur qui se développe. Pour aller plus loin dans la réflexion, nous avons souhaité vous partager l’expérience d’une société actrice et novatrice dans le monde de la mobilité et des MaaS.

 

Garance Lefevre, Responsable Affaires Publiques Nouvelles Mobilités d’Uber pour l’Europe, l’Afrique et le Moyen Orient nous a généreusement accordé du temps pour répondre à nos questions.

 

Pourriez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours et votre poste chez Uber ?

J’ai intégré Uber il y a deux ans, après avoir été responsable des relations institutionnelles au PMU, pour couvrir les affaires publiques en France et ai récemment rejoint le siège européen d’Uber situé à Amsterdam. Mon rôle consiste à soutenir le développement de notre offre de nouvelles mobilités auprès de villes qui souhaitent proposer ces solutions à leurs habitants et à développer les sujets liés au MaaS. 

 

Comment présenteriez-vous le MaaS et ses enjeux à quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler ?

Le MaaS, mobility as a service, a pour objectif d’offrir un bouquet de solutions de mobilité qui permette de combiner différents modes pour effectuer des déplacements sans coutures – transports en commun, covoiturage, autopartage, VTC, taxis, vélos en libre service, marche à pied – et qui soit modulable en fonction de paramètres tels que le budget, le temps disponible, la météo etc.

Les applications de MaaS présentes différents degrés d’intégration. Cela peut être une simple plateforme qui regroupe différentes offres existantes sur une zone géographique et qui renvoie vers les applications respectives de chaque service. Dans ses versions les plus abouties, les applications de MaaS permettent à l’utilisateur de réserver ses billets et de les payer, pour l’ensemble des segments de son trajet, sans sortir de l’application.

 

Pouvez-vous nous expliquer le cœur de la vision d’Uber pour le MaaS ?

Le MaaS est un formidable outil pour diminuer la dépendance à la voiture individuelle puisqu’il va recenser différentes offres disponibles sur un territoire donné et souvent proposer plusieurs options, attractives et fiables pour l’utilisateur. 

Les transports en commun sont la colonne vertébrale du MaaS, car ils sont les seuls à pouvoir transporter de larges portions de population de manière efficace, notamment aux heures d’affluence, et à un coût réduit. Autour de ces réseaux, viennent se greffer d’autres modes partagés qui peuvent étendre la portée des transports publics et ainsi renforcer leur attractivité sans nécessiter d’investissements lourds en infrastructure. 

Des services comme les VTC offrent une complémentarité géographique et temporelle avec les transports en commun – à Londres ou Paris on constate d’ailleurs que 30% des courses UBER terminent à moins de 200 mètres d’une station de métro ou de train. On peut aussi souhaiter réaliser le premier ou dernier kilomètre en vélo électrique ou en trottinette.

 

Avez-vous quelques chiffres à nous communiquer pour illustrer l’importance du MaaS pour le futur des mobilités ?

En ville, 40 % des trajets effectués en voiture font moins de trois kilomètres. Utiliser sa voiture personnelle tend à obliger à effectuer tous les trajets de la journée avec cette voiture. La voiture individuelle passe d’ailleurs 95% de son temps à être utilisée, le parking occupe ainsi une portion non négligeable de l’espace urbain. Par ailleurs, les transports sont responsables de près d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre. Le MaaS est essentiel pour réduire la dépendance à la voiture personnelle. Les trajets courts pourraient en effet être effectués par des combinaisons entre des modes partagés par exemple, tous accessibles sur un même portail. 

 

Quand et surtout avec quelles perspectives avez-vous décidé de vous lancer dans le MaaS chez Uber ?

La vision d’Uber est de remplacer l’usage de la voiture individuelle en proposant aux passagers la façon de se déplacer la plus optimale, que ce soit en transports en commun, en vélo, à pied, ou avec Uber et ainsi réduire la propriété de la voiture individuelle qui génère congestion et pollution. 

Uber contribue ainsi à la transition de la propriété vers l’usage dans le domaine de la mobilité. Nous avons commencé en proposant des trajets réalisés par des chauffeurs de VTC, et aujourd’hui Uber propose à ses utilisateurs d’utiliser d’autres modes de déplacement sans avoir à créer un nouveau compte – comme à Paris et dans 6 autres villes européennes avec le service de vélo et trottinettes JUMP ou à Denver en permettant d’acheter son titre de transport en commun directement depuis l’application. Tout est disponible dans la même application, et cette application suit l’utilisateur partout dans le monde – Uber étant présent aujourd’hui dans plus de 600 villes.

 

Quelle a été votre première expérience de mise en œuvre d’une solution MaaS et comment s’est-elle développée ?

Uber travaille depuis plusieurs années avec des opérateurs de transports publics partout dans le monde pour offrir aux abonnés de ces transports publics la possibilité de compléter leur trajet avec une course Uber à moindre coûts, car partiellement prise en charge par l’opérateur de transport public et Uber. 

A Nice, par exemple, nous avons mis en place un pilote d’un an avec l’opérateur de transport local pour proposer une solution de premier/dernier kilomètre:  les voyageurs payaient un prix fixe de 6 euros pour une course en Uber depuis/vers l’une des six stations du tramway L1 à partir de 20h – quand les lignes de bus en partance de ces stations s’arrêtent – et jusqu’à 2h30 du matin – quand le tramway s’arrête à son tour. C’est la manifestation concrète de la complémentarité entre un acteur de transport en commun et Uber car, pour prolonger l’ouverture d’une ligne de bus la nuit, il faut une masse critique d’usagers qui n’est pas toujours suffisante dans certaines zones ou sur certaines plages horaires et Uber peut répondre aux besoins des usagers en mettant en place une offre de transport à la demande et complémentaire.

Ce sont des premiers pas vers le MaaS car il s’agit de combiner plusieurs modes pour réaliser un trajet de bout en bout. Cela participe à créer des réflexes de mobilité et de réduire la dépendance à la voiture personnelle. 

 

Où en est l’implantation du MaaS chez Uber, en France et à l’étranger ? Avez-vous d’autres pistes que Flixbus ?

La possibilité de planifier son trajet en transports en commun est disponible dans l’application Uber dans plusieurs villes à travers le monde : Boston, Londres, Sydney… A Denver, où il est désormais possible d’acheter son ticket dans l’appli Uber, nous avons fait augmenter de 25% des ventes de tickets de bus. 

 

Pourriez-vous nous parler de quelques innovations qui vous semblent marquantes (tant du point de vue des techniques que des partenariats) pour le futur du MaaS ?

Le MaaS permet d’imaginer de nouveaux modèles d’abonnement aux transports ou bien des modèles où l’on paie au fur et à mesure.

L’Assistant SCNF, l’application MaaS de la SNCF, donne la possibilité de réserver, donc de payer, et d’avoir le billet sur son téléphone pour tous les modes de transport disponibles sur l’application à Strasbourg. 

 

Rencontrez-vous des réticences pour la mise en place de ce type d’offre de mobilité tout-en-un ? Si oui lesquelles ?

Le MaaS présente de nombreux intérêts pour toutes les parties prenantes : les opérateurs, la plateforme qui les accueille, la zone géographique qui en bénéficie et ses habitants. Les opérateurs d’offres de mobilité qui sont agrégés par un acteur s’ouvrent à de nouveaux clients et augmentent leur visibilité – tout en ayant l’enjeu de conserver la relation avec son client malgré une forme d’intermédiation.

 

L’agglomération lyonnaise peut-elle espérer pour bientôt une solution Maas ?

Nous l’espérons!

Merci aux équipes d’Uber d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

Pour en savoir plus sur Uber : www.uber.com