Marché : La France face aux défis du MaaS

Le MaaS est un concept qui a vu le jour en Finlande. Il consiste à offrir aux usagers la possibilité de combiner différentes offres de mobilité via des plateformes numériques multimodales. Son arrivée sur le marché français se fait dans un contexte concurrentiel entre des acteurs privés et publics. À l’échelle locale comme à l’échelle nationale, le MaaS commence doucement à trouver sa place dans l’offre de mobilités françaises.

 

Les enjeux du MaaS à la française

À l’heure de la crise climatique, l’idée portée par le MaaS est simple et séduisante : offrir aux usagers français la possibilité de combiner différents modes de transports sur une seule plateforme. Le but ? Identifier le trajet le plus rapide et le moins coûteux pour se déplacer, tout en minimisant les opérations de paiement. Ce principe du « tout-en-un » de la mobilité soutenu par le gouvernement français, qui l’a inclus dans sa récente loi d’orientation des mobilités (qui entrera en application courant 2020). Cette loi met en avant un des enjeux principaux du MaaS, proposer une solution simple et économique pour faciliter l’essor des mobilités douces et alternatives (transports en commun, covoiturage, vélo, VTC, etc.) et ainsi encourager la sortie du « tout auto ».

L’intention est donc louable mais la mise en œuvre de solutions MaaS à l’échelle nationale ne se fait pas sans quelques réticences. Les intervenants majeurs du transport français (SNCF, RATP…) s’inquiètent notamment du risque que les géants du web américains que sont les Gafa, Uber ou Lyft se retrouvent rapidement en situation de monopole, mettant ainsi en péril le modèle économique du transport public français.

En attendant une implantation plus globale et importante des MaaS en France, différentes initiatives locales et nationales se mettent en place.

Municipalités et acteurs nationaux et privés œuvrent main dans la main pour implanter localement le MaaS en France

Bien conscients de l’enjeu, la SNCF et la RATP sont d’ores et déjà largement impliquées dans le développement du MaaS en France, notamment par la mise en place d’initiatives locales soutenues – ou initiées – par les municipalités.

C’est notamment le cas à Dijon et à Rennes où Keolis (filiale de la SNCF) a lancé en 2018 l’application « Star » qui combine métro, bus, vélo et covoiturage, tout en indiquant en temps réel les disponibilités dans les parkings de la ville.

À Annemasse, c’est la RATP qui a lancé début 2019 « TAC Mobilités ». Une application similaire à « Star », ajoutant la possibilité d’acheter directement via l’app ses tickets de bus.

Les municipalités de Mulhouse et de Saint-Étienne ont emprunté une voie un peu différente. C’est avec Transdev – une entreprise privée spécialisée dans la mobilité – qu’elles se sont associées pour développer leur propre offre de MaaS. C’est ainsi que Moovizy a vu le jour, donnant l’occasion aux Stéphanois de s’informer en temps réel sur les offres de mobilités disponibles dans l’agglomération. L’application permet aux usagers de déterminer le mode de transport le plus efficace pour se rendre à destination (incluant même les avions au départ de Lyon ou de Saint-Étienne). En revanche, elle ne permet pour l’instant d’acheter des tickets que pour le réseau local de transports en commun (le STAS).

 

Dans les grandes villes, le risque de monopole des géants du web

A l’échelle locale, des initiatives portées par des acteurs français ou des start-up peuvent émerger. Mais dans les grandes agglomérations, la forte implantation d’entreprises internationales telles que Uber, Lyft ou les Gafa les positionne d’emblée en leader potentiel du secteur. Soutenus par une puissance technique et économique incomparable, ces géants du web font courir au MaaS français le risque de voir ses acteurs traditionnels incapables de résister, tout en accentuant les problématiques liées à la protection des données personnelles des utilisateurs. Dans un secteur où les marges sont faibles et où de gros volumes d’utilisateurs sont nécessaires pour assurer la viabilité économique des plateformes, les défis du MaaS à la française sont loin d’être gagnés sur la scène nationale.

Uber s’est déjà associé avec Flixbus (l’un des principaux fournisseurs de trajet en bus longue distance en Europe) pour offrir aux voyageurs qui arrivent aux gares routières de nombreuses villes françaises (Paris, Nice, Lyon, Marseille…) une solution combinée bus + VTC. Une solution qui tend vers l’international.