Interview : Christine Giraudon – Directrice de la communication chez Citiz LPA

Opteven a eu la chance de pouvoir s’entretenir avec Christine Giraudon, directrice de la communication, du marketing et des études chez Citiz LPA, le service pionnier de l’autopartage à Lyon. Elle fait avec nous le point sur Yea!, le service de voitures partagées en free-floating de la société. 

 

Pourriez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours et votre poste chez Citiz ?

Je suis aujourd’hui directrice du marketing, de la communication, des études et de la relation client chez Citiz et je suis aussi membre du comité de direction. Je suis arrivée dans l’entreprise il y a 18 ans et j’ai au début travaillé sur les éléments de statistiques. Progressivement, j’ai évolué et je me suis formée, dans les métiers du marketing et de la communication notamment. J’ai piloté Citiz dans un premier temps de 2008 à 2015 et je viens de reprendre son pilotage depuis 2 mois.

 

Comment présenteriez-vous le free-floating et ses enjeux à quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler ?

À quelqu’un qui ne connaît pas ce principe, je présenterais le free-floating comme un service de voiture en libre-service, pile quand on en a besoin, au plus près de chez soi. Pour le réseau Citiz, le free-floating est un moyen de faire connaître l’autopartage au plus grand nombre. Nous sommes convaincus que le mode d’autopartage qui permet le mieux de réduire le recours à des solutions motorisées et qui accompagne au mieux les mobilités est l’autopartage en boucle. L’autopartage en boucle c’est celui qui consiste à prendre un véhicule dans une station et à le ramener dans la même station. 

Le défi du free-floating réside dans le fait qu’on ne peut pas faire des stations sur tout le territoire. Il faut donc amener les gens à découvrir l’autopartage avec plus de liberté et plus de souplesse. C’est en effet souvent ce qui les freine : quand on leur parle d’autopartage classique, les gens nous disent trouver cela trop contraignant et souhaitent pouvoir prendre une voiture n’importe où et la rendre n’importe où. Nous leur proposons donc des services en free-floating pour répondre à cette demande. Il y a des gens que cela satisfera en permanence, ceux notamment qui n’ont besoin que d’une voiture de temps en temps et qui pourront ainsi en louer une ponctuellement, pour faire un petit bout de trajet dans leur mobilité quotidienne. 

Grâce à la possibilité de rendre les voitures sur toutes les places autorisées sur la voirie, le free-floating permet une liberté absolue qui amène des gens à découvrir l’autopartage, avec pour nous l’idée qu’un jour ils réduiront leur usage de la voiture et découvriront que l’autopartage en boucle leur convient. 

 

Pouvez-vous nous expliquer en quoi Yea! se distingue d’un service d’autopartage classique ? Quels sont les bénéfices pour les usagers ?

On distingue trois modes d’exploitation de l’autopartage tel qu’on le définit en France. Le premier mode est celui de la boucle : je prends mon véhicule dans une station et je le ramène dans la même station. Cela correspond à une utilisation classique de la voiture, par exemple pour rendre visite à des amis et rentrer chez soi. J’explique souvent qu’il est assez rare d’aller faire ses courses dans une grande surface en périphérie et d’y laisser sa voiture personnelle pour revenir chez soi en transports en commun, avec ses courses à bout de bras. Généralement, quand on va quelque part avec sa voiture personnelle on revient avec à son domicile. Donc ce premier mode d’exploitation en boucle correspond à un usage classique de la voiture, en remplacement de sa voiture personnelle.

Il y a ensuite ce qu’on appelle le “ one way” : je prends mon véhicule dans une station A et je peux le ramener dans une station B. Ce mode permet de faire des petits trajets, sa seule contrainte est qu’il faut trouver à destination une place disponible dans une station.

Il y a enfin l’option qui offre le plus de liberté dans l’usage de la voiture, qui est l’option du free-floating : je prends une voiture sur mon trajet (en regardant sur l’application où se trouve la voiture la plus proche), je la bloque pendant une demi-heure, je me rends à cette voiture, je la prends et je la ramène n’importe où. Le free-floating représente donc la liberté absolue, mais on constate aussi qu’il incite à faire des trajets qui sont plus courts en temps et en kilométrage. Chez Citiz, nous pensons qu’il y a un réel usage pour ce type de mobilités, puisqu’on constate que la moyenne du kilométrage réalisé avec Yea ! est de 15 km, contre 80 en moyenne pour les voitures en boucle. Ce ne sont donc pas du tout les mêmes usages et nous pensons qu’ils sont complémentaires : ils répondent à des besoins très différents. Nous sommes convaincus que les usagers qui se servent de Yea ! passeront plus facilement à l’autopartage en boucle, pour les vacances ou un week-end par exemple. 

 

Avez-vous quelques chiffres à nous communiquer pour illustrer l’actualité et le futur de Yea! ?

Chez Citiz nous avons 250 voitures en autopartage dont 150 véhicules Yea ! disponibles en free-floating. Au total ce sont 45 300 utilisations de YEA ! en 2019, pour 700 000 km parcourus par nos usagers.

 

Avez-vous rencontré des défis au moment de lancer Yea! ? 

Le premier défi que nous avons rencontré a été de faire accepter aux collectivités le fait qu’il pouvait y avoir des voitures partagées sur le domaine public qui soient tout le temps mouvantes. C’était un peu révolutionnaire, mais ça a finalement été bien perçu et les collectivités ont fini par jouer un rôle moteur dans le développement du projet. Le vrai challenge a été de mettre 150 voitures d’un coup sur la voirie : notre système de gestion était prêt, la difficulté était de stocker 150 voitures et puis, un jour, de dire “top” et de les sortir à la chaîne pour aller les dispatcher dans la ville. Ce sont donc les aspects matériels qui ont représenté un défi, plutôt que les aspects philosophiques. Tout s’est finalement très bien passé !